Lucy est notre mère à tous

Complexe de classe, j’ai toujours trouvé ridicules ceux qui, pourvus d’une particule et de quartiers de noblesse, affirment que leur nom et leur “famille” remonteraient à Saint-Louis ou font référence à de lointains ancêtres. Comme si nous, je veux dire la plèbe, étions issus de génération spontanée ou d’un accident génétique. Nous remontons tous à Lucy et toutes les familles sont aussi anciennes les unes que les autres.

Mais puisque nous sommes tous pétris de contradictions, je n’ai pas pu ne pas être submergé de fierté lorsque j’ai découvert que les Cossalter avaient un blason.

L’origine de ce blason reste mystérieuse. Son statut le reste aussi à mes yeux : est-il attaché à une “branche” de la famille, ou à toutes les familles voire tous les indiBLASON_couleurvidus portant notre nom ?

Certains éléments sont certains et je les livrerai, même s’ils ne sont pas tous précisément documentés.

Etre bourgeois n’est pas mal déjà

Premier élément, tous les Cossalter semblent venir de Feltre, petite ville universitaire du nord de la vénétie. Mais (et c’est plus une intuition qu’un fait prouvé) Cossalter est un nom autrichien.

Second élément, un lieu-dit situé à quelques kilomètres de Feltre s’appelle Cossalter. Il est plus précisément situé près de Cesiomaggiore. Nous l’avons repéré sur une carte d’état-major de l’armée américaine. Il n’en reste que quelques ruines fortifiées au bout d’un chemin de terre. Mais Wikipedia nous dit que s’y trouve une église “Chiesa di San Vendemiano”.

Troisième élément, notre grand-père, qui n’était pas bien fortuné, a toujours prétendu que notre famille possédait à sa naissance (1895) l’hôtel Dorigussi, le bâtiment privé le plus imposant de Feltre.

Une chose est sûre donc les Cossalter ont un passé glorieux, avant qu’une rapide déchéance, sanctionnée par une émigration massive, ne les disperse (cependant la consultation de l’annuaire téléphonique de Feltre en 1992 nous a montré la présence de plus de 50 abonnés portant ce nom).

Quatrième élément, le droit de porter blason a été octroyé à la famille bourgeoise Cossalter par Victor Emmanuel Roi d’Italie, à une date que nous n’avons pas conservée (1885 d’après nos souvenirs). Il existe une sorte de document (nous sommes très inculte dans ces matières), qui peut être reproduit pour une très forte somme par les Archives Nationales de Florence, rappelant les conditions de cette concession.

Ce document semble prouver que les Cossalter ne sont pas une famille noble. Une recherche dans les dictionnaires de la noblesse vénitienne réalisée dans quelques librairies de Venise renforce ce constat.

Certains éléments troublants montrent cependant des liens évidents avec d’autres familles italiennes, indiscutablement nobles.

Notre hypothèse est qu’au moment de composer leur blason, les Cossalter ont puisé dans les armoriaux des familles nobles italiennes aux consonnances proches. Une autre hypothèse, défendue par notre Mère, est que nous descendrions en ligne directe d’une de ces familles (les Cossa). Je serais ainsi un descendant direct de Baldassare Cossa, l’anti-pape Jean XXIII (v. infra). L’hypothèse me semble délicate à soutenir.

Sempre in gamba

D’azur à la fasce de gueules, le premier aux trois étoiles mal ordonnées d’or, le second à la jambe de carnation (tentative personnelle de blasonnement).

Stemma_famiglia_CosciaDans cette histoire, la jambe est importante. En héraldique italienne, “jambe” se dit “coscia”. Coscia est le nom d’une très ancienne famille napolitaine : les Coscia ou Cossa. Le plus célèbre rejeton est Baldassare Cossa, anti-pape connu sous le nom de Giovanni XXIII (Jean XXIII).

La jambe des Cossa est d’or, celle des Cossalter (Cossa – Alter, les autres Cossa ?) est de carnation.

Une recherche le “Dizionario storico-blasonico delle famiglie nobili e notabili italiane, estinte e fiorenti” de G. B. Di Crollanza (Arnaldo Forni Editore) reproduit dans l’Internet Archive (http://archive.org/details/dizionariostoric01crol) (nous n’avons pas encore consulté la version papier), permet de découvrir une autre famille, les Cossali de Vérone.

Voici ce qu’en dit le dictionnaire :

Nel 1517 ottenne dalla Veneta Repubblica il titolo comitale, e nel 1783 fu aggregata al nobile Consiglio Veronese. — Un ramo di questa famiglia nel 1671 fu dal Veneto Senato insignito dei titoli di nobile e conte di Villaperta e di Castolnuovo. — Pietro, dell’ordine dei Teatini, insigne (Mi I toro dello scienze matematiche. — Arma: Spaccato ondato; nel 1.° d’azzurro, a tre gigli male ordinati d’oro; nel 2.” di rosso, ad una gamba umana di carnagione rivolta; con la fascia ondata d’argento attraversante sullo spaccato.

Le blason des Cossali contient également une jambe “rivolta” donc probablement tournée vers la droite.

De ces “indices”, nous ne pouvons déduire autre chose pensons-nous que le fait que les Cossalter ont puisé l’inspiration de leur blason d’exemples illustres, en premier lieu des Coscia de Naples.

Restent mytérieuses les circonstances de cette distinction octroyée par le Roi d’Italie. Les archives de la commune de Feltre, et la mémoire collective permettront de renouer les fils de ce mystère décousu. Nous pensons qu’il y a matière un un roman balsacien car il est probable que c’est par une quelconque villénie d’une partie de la famille vis-à-vis d’une autre que la fortune (matérielle et historique) qui fut probablement la nôtre a subitement disparu dès le début du XXème siècle.

Documents d’intérêt

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